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FRAKTUR [INDEX] Les sources au travail | Spoliations d’œuvres d’art par les nazis

February 15, 2016

 L.Danziger. Hebrew Lesson, 2011

 

 

Dans un coin du Buchstabenmuseum – le musée de la lettre à Berlin – on rencontre deux exemplaires de la typographie « Fraktur » : un “S” et un “O” ôtés de l’enseigne d’une piscine municipale. Ces grandes lettres en fer, sombres de rouille, tombent en ruines et, en effet, c’est cela la « Fraktur », une typographie ruinée, traversée par des querelles, chargée de contradictions et d’idéologie – une épave du nationalisme allemand.

 

Créée à partir de transformations de « l’écriture gothique » née  au XVIe siècle, la « Fraktur » a joué, au siècle dernier, un rôle décisif au sein du plus ambitieux projet de destruction perpétré en Europe. Différentes variations de cette typographie ont été utilisées sur les affiches et documents publics nazis qui avaient pour but d’informer la population allemande qu’une partie de ses citoyens serait désormais exclue du Reich.

 

Si la « Fraktur » a été utilisée pour annoncer au monde l’ignominie des desseins raciaux de Nuremberg, si on la voit par exemple sur la couverture du rapport « Stroop » qui atteste de l’anéantissement du ghetto de Varsovie, parmi tant d’autres documents, elle est également indissociable de l’expérience sensorielle de la lecture des classiques faite par plusieurs générations d’allemands et de juifs allemands. On retrouve la « Fraktur » et ses variations dans les œuvres de Goethe, Schiller, Lessing, Heine, et de nombreux autres auteurs classiques, imprimés par les maisons d’édition allemandes au XIXe et dans les premières décennies du XXe siècle.

 

J’ai reçu en héritage une bibliothèque garnie de ces classiques et je m’interroge sur sa destinée, ici, à Rio de Janeiro. L’écriture qui leur donne forme semble en processus d’effacement par elle même. Donc j’écoute son dessein et je l’efface. J’ouvre ces livres. J’expose cette bibliothèque-ruine. J’accentue aussi le fait que toute cette littérature a pris ses distances de « l’écriture gothique » – la typographie nationaliste et « traversée des ténèbres ». Il est vrai que la typographie « Antiqua » a toujours disputé l’hégémonie avec la « Fraktur », définitivement tombée en obsolescence après la guerre.  Mais les idéologies qui plombent cette graphie ont-elles disparu ? On sait bien que toute écriture implique un corps, un investissement de désir, une discipline corporelle. (...)

 

L.Danziger

 

In: Les sources au travail | Spoliations d’œuvres d’art par les nazis, "Journal de l'Université d'été de la Bibliothèque Kandinsky". Musée national d'art moderne/CCI, Centre Pompidou. [comité éditorial: Didier Schulman, Mica Ghergescu, Johanna Linsler, Arno Gisinger]

 

 

 

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